La Confédération et l’expansion
Deux rébellions manquées, un rapport venu de Londres, une conférence dans les Maritimes et un chemin de fer d’un océan à l’autre. En quatre-vingts ans, quelques colonies britanniques se sont disputées jusqu’à former un pays autonome allant de l’Atlantique au Pacifique. Ce chapitre suit cette dispute, et ceux qui l’ont gagnée.
Deux rébellions et un rapport
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Dans les années 1830, les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada n’en pouvaient plus d’attendre. Les colonies avaient des assemblées élues, mais la marche vers la démocratie leur semblait beaucoup trop lente. En 1837 et 1838, cette frustration se transforme en rébellion armée, dans la campagne autour de Montréal et à Toronto. Les rebelles n’ont pas l’appui populaire nécessaire. Les troupes britanniques et des volontaires canadiens écrasent les deux soulèvements, et plusieurs rebelles sont pendus ou exilés.
La Grande-Bretagne envoie lord Durham comprendre ce qui a mal tourné. Son rapport formule deux recommandations. La première : fusionner le Haut-Canada et le Bas-Canada et leur accorder le gouvernement responsable, c’est-à-dire un régime où les ministres qui dirigent doivent avoir l’appui d’une majorité de l’assemblée élue. La seconde : que les Canadiens s’assimilent à la culture protestante anglophone et renoncent à la leur.
En 1840, Durham obtient son union : le Haut-Canada et le Bas-Canada sont réunis en une seule Province du Canada. L’autre moitié de son conseil reste lettre morte. Les hommes qui ont fini par arracher le gouvernement responsable l’ont fait en deux langues, ensemble.
Un gouvernement qui répond à l’assemblée
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Le gouvernement responsable est une idée simple aux conséquences énormes. Les ministres qui dirigent doivent avoir l’appui d’une majorité de l’assemblée élue. Perdre cette majorité, c’est perdre le pouvoir. Obtenir cette règle a pris une génération.
Deux hommes mènent le combat dans les Canadas : sir Louis-Hippolyte La Fontaine, champion de la démocratie et des droits de la langue française, et Robert Baldwin, réformiste du Haut-Canada. En Nouvelle-Écosse, Joseph Howe mène la même campagne. C’est Howe qui arrive le premier : en 1847 et 1848, la Nouvelle-Écosse devient la première colonie de l’Amérique du Nord britannique à obtenir le gouvernement responsable intégral.
Les Canadas suivent un an plus tard. En 1848 et 1849, lord Elgin, gouverneur du Canada-Uni, y instaure le gouvernement responsable, et en 1849, La Fontaine devient le premier chef d’un gouvernement responsable dans les Canadas. Un catholique francophone dirige désormais la colonie que Durham voulait angliciser, et personne n’a eu à tirer un coup de feu.
D’une mer à l’autre
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De 1864 à 1867, des représentants de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de la Province du Canada se réunissent, débattent et rédigent, avec l’appui de la Grande-Bretagne, pour bâtir un pays neuf à partir de colonies distinctes. Ce sont les Pères de la Confédération. Leur problème : réunir des régions très différentes. Leur réponse : deux ordres de gouvernement, fédéral et provincial. Chaque province élira sa propre assemblée législative et gardera la maîtrise de l’éducation et de la santé.
L’ancienne Province du Canada est de nouveau divisée en deux, cette fois en Ontario et en Québec. Avec le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, elles forment le Dominion du Canada. Le Parlement britannique adopte l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867, et le nouveau pays naît officiellement le 1er juillet de cette année-là. Jusqu’en 1982, ce congé s’appelait la fête du Dominion. C’est aujourd’hui officiellement la fête du Canada.
Le nom vient d’un Père de la Confédération du Nouveau-Brunswick, sir Leonard Tilley, qui propose l’expression « Dominion du Canada » en 1864. Il l’a tirée du psaume 72 de la Bible : « il dominera d’une mer à l’autre, et du fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ». À l’époque, le pays n’atteignait pas encore le Pacifique. Le titre est inscrit dans la Constitution et utilisé officiellement pendant une centaine d’années.
Le premier ministre fondateur et la carte qu’il a laissée
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Sir John Alexander Macdonald, Père de la Confédération, devient le premier premier ministre du Canada en 1867. Né en Écosse le 11 janvier 1815, il arrive enfant au Haut-Canada et exerce le droit à Kingston, en Ontario. Le Parlement a fait du 11 janvier la Journée sir John A. Macdonald, et son portrait figure sur le billet de dix dollars.
Macdonald n’aurait pas pu y arriver seul. Sir George-Étienne Cartier, Montréalais, avocat des chemins de fer et Canadien patriote, est le grand artisan de la Confédération du côté québécois et le proche allié de Macdonald. Cartier fait entrer le Québec dans la Confédération, puis contribue à négocier l’adhésion des Territoires du Nord-Ouest, du Manitoba et de la Colombie-Britannique.
Le pays qu’ils ont lancé a continué de grandir pendant 132 ans, une province ou un territoire à la fois. Quatre entrent en 1867. Le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest suivent en 1870, la Colombie-Britannique en 1871, l’Île-du-Prince-Édouard en 1873. Les îles de l’Arctique sont cédées aux Territoires du Nord-Ouest en 1880, le Territoire du Yukon est créé en 1898, l’Alberta et la Saskatchewan entrent en 1905, Terre-Neuve-et-Labrador en 1949, et le Nunavut en 1999.
La rivière Rouge et la Police montée
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En 1869, le Canada acquiert l’immense territoire du Nord-Ouest de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Personne ne consulte les 12 000 Métis qui vivent déjà le long de la rivière Rouge, et ils apprennent que leur pays a changé de mains sans eux. Louis Riel mène un soulèvement armé et s’empare de Fort Garry, la capitale du territoire.
Ottawa envoie des soldats reprendre Fort Garry en 1870 et Riel se réfugie aux États-Unis. Le soulèvement donne tout de même des résultats : le Canada crée une nouvelle province, le Manitoba, et Riel est élu au Parlement, même s’il n’y siégera jamais. Une deuxième rébellion éclate en 1885 dans l’actuelle Saskatchewan. L’issue est tout autre. Riel est capturé, jugé et exécuté pour haute trahison, une décision à laquelle le Québec s’est vivement opposé et qu’il n’a jamais oubliée. Beaucoup de Canadiens voient en lui un héros, un défenseur des droits des Métis et le père du Manitoba.
Entre les deux rébellions, le premier ministre Macdonald dote le nouveau territoire d’un corps policier : il crée la Police à cheval du Nord-Ouest en 1873. Ses agents fondent Fort Calgary, Fort MacLeod et d’autres postes, et Regina en devient le quartier général. Ce corps est aujourd’hui la Gendarmerie royale du Canada, la police nationale du pays.
Un chemin de fer et un million de nouveaux venus
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La Colombie-Britannique entre dans le Canada en 1871, et elle pose sa condition : un chemin de fer jusqu’à la côte Ouest. Sa construction exige des capitaux britanniques et américains et le travail d’ouvriers européens et chinois. Les ouvriers chinois subissent une discrimination ouverte, dont la taxe d’entrée, un droit exigé pour entrer au Canada en raison de leur race. Le gouvernement du Canada a présenté ses excuses pour cette politique en 2006. Le 7 novembre 1885, Donald Smith, directeur d’origine écossaise du chemin de fer Canadien Pacifique, plante le dernier crampon.
La ligne change ce que le pays peut devenir. Elle amène des colons vers des terres jusque-là presque inaccessibles. Le Canada s’industrialise pendant le boom économique des années 1890 et du début des années 1900, et un million d’immigrants britanniques et un million d’immigrants américains arrivent durant cette période. Avant 1914, l’Ouest accueille aussi 170 000 Ukrainiens et 115 000 Polonais, ainsi que des dizaines de milliers d’Allemands, de Français, de Norvégiens et de Suédois. Des Canadiens servent aussi à l’étranger durant ces années : pendant la guerre d’Afrique du Sud, de 1899 à 1902, plus de 7 000 se portent volontaires et plus de 260 meurent, combattant à Paardeberg et à Lillefontein en 1900.
Le premier ministre qui les pousse vers l’Ouest est sir Wilfrid Laurier, le premier Canadien français à diriger le pays depuis la Confédération. Il encourage l’immigration vers l’Ouest et préside aux années où les Prairies se peuplent et où l’Alberta et la Saskatchewan entrent dans le pays. Son portrait figure sur le billet de cinq dollars.
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